Ayent, en longeant les bisses

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Depuis que son tronçon accroché aux roches vertigineuses de Torrent-Croix figure sur une des faces du billet suisse de cent francs, le grand bisse d'Ayent semble devenu plus bavard dans le clapotis de ses eaux. Fichu vedettariat.

Mais oui: bravo, chapeau, félicitations aux ancêtres surtout! Ce sont eux qui ont accroché, avec les outils rustiques dont ils disposaient, sans filet, ces rigoles de bois aux "boutsets" plantés dans le roc. La technique était simple: Sur le pieu déjà planté à l'horizontale dans la roche, on posait une planche au-dessus du vide; des cailloux entassés d'un côté du "boutset" faisaient contrepoids à l'ouvrier martelant le trou suivant. On prenait tous les risques pour irriguer des pâtures dont la déclivité elle-même était à se dévisser le cou...

Le touriste visitant ce vertigineux chef d'oeuvre n'a plus qu'à baisser la tête dans le tunnel, creusé vers 1830, qui évite le passage le plus délicat.

Vous ne trouverez pas ici "la" photo du tronçon auquel les graphistes de la Banque nationale ont rendu hommage. Tout le monde peut la faire, au même endroit en plus car il n'y a pas beaucoup de place pour varier les angles sur l'étroit sentier du bisse. Il ne manque que l'écriteau "Kodak view point".

Mon rapport aux bisses est différent. J'aime les zébrures du soleil à travers les sapins, les noeuds de serpents formés les racines, qui obligent le marcheur à rester bien à son affaire, l'oeil vissé au sol. J'aime ce cheminement qui semble conduire nulle part, ou à l'infini. Ceux qui regardent ce site de temps en temps savent aussi que j'aime les ambiances sombres (voir les images du Pitztal par exemple), où chaque rai de lumière est  un cadeau, une surprise.

Voici donc les images d'une balade suggérée par le Musée des bisses à Ayent-Botyre qui en longe trois successivement: celui de la Sionne, celui d'Ayent et celui de Bitailla pour finir, qui permet de revenir sur le musée. Petit tuyau pratique: on peut prendre le bus postal de Botyre à Anzère-télécabine, où débute le parcours, et revenir ainsi à son point de départ après une marche de 3 heures 30 à 4 heures selon le rythme choisi.

Les images ont été faites le 26 août 2021 avec un Leica M10 Monochrom et un objectif Summilux 35mm f1.4.

​© Jean-Claude Péclet, 2021. Reproduction soumise à autorisation