Les drôles de vacances (13)

Un vrai temps de photographe. Les montagnes que caresse du soleil couchant affichent une netteté cristalline, comme après un lavage de ciel à grande eau. Sauf qu'il n'est pas tombé une goutte de pluie depuis des jours. C'est l'effet combiné de la pollution atmosphérique en baisse pour cause de virus - trois quarts de particules fines en moins aux heures de pointe, disent les statistiques - et de la bise qui a repris de plus belle.

Mais notre ministre de la santé Alain Berset nous appelle à résister... au beau temps. Ne sortez pas, sauf en cas de nécessité absolue. Les restrictions de mouvements vont s'étendre au-delà du 19 avril - ce dont tout le monde se doutait - il faudra se montrer "endurants", ajoute-t-il. Une recommandation animée du CHUV, sur le modèle des pubs rigolotes de "La Mobilière", souligne les risques que prend l'audacieux qui enfourche sa moto ou part se balader en montagne. Ce n'est pas (encore) interdit, mais... Nous vivons un confinement quasi total qui ne dit pas son nom.

Est-ce une impression? Il me semble que l'humour, la réactivité et la créativité des premiers quinze jours s'essouffle sur les réseaux sociaux. Aucune primevère, aucun pétale de magnolia ne nous aura été épargné, nous pouvons désormais reconstituer de mémoire le mobilier de nos amis Facebook, choisir entre dix recettes d'endives au jambon. Cela épuisé, chacun(e) ou presque est monté au grenier fouiller dans le carton à souvenirs. Oui, nous avons été jeunes, belles et beaux, pleins d'allant, la vie n'avait qu'à bien se tenir. Les portraits plus ou moins jaunis, plus ou moins touchants, aux couleurs plus ou moins pastel de nos envies et nos espoirs ont envahi la Toile ces derniers jours. Quand le futur se dérobe, le passé rassure.

Et le présent? Juste affronter le rien, la routine, se supporter - pas seulement dans le sens fataliste, mais dynamique du mot. Nous rêvons tous de ce moment suspendu où l'on se retrouve hors du bruit et de la fureur enfin face à soi-même, non? Et puis on découvre que soi-même n'est pas un compagnon aussi fougueux et stimulant qu'on imaginait. Même quand soi-même se pare du titre d'artiste. La peur du vide ne fait de cadeaux à personne.

"La catastrophe comme produit culturel"

A propos de culture, je ne résiste pas à l'envie de citer ci-après des extraits d'un texte de Thibaud Croisy sur son blog du Monde diplomatique. Il est méchant, un peu injuste, mais assez bien vu (texte intégral ici):

 

"La culture n’aura pas mis plus de quarante-huit heures à se dévoyer dans l’animation. Animation dont on finit d’ailleurs par se demander si elle n’est pas le vrai visage de la culture, au vu de la rapidité avec laquelle ses petits soldats se transforment en gentils organisateurs.

(...) Ce qui vaut la peine d’être relevé, c’est surtout l’incapacité du théâtre à faire le vide

Ce qui est intéressant dans un moment comme celui-là, ce n’est pas seulement la transformation du théâtre public en une vaste chaîne YouTube ou un compte Twitter géant — même s’il faut admettre qu’il parvient à en reprendre les codes à une vitesse grand V et qu’il ne semble pas avoir trop de difficultés à passer, en vingt-quatre heures, de la célébration du spectacle vivant à la promotion de contenus dématérialisés. Ce qui vaut la peine d’être relevé, c’est surtout l’incapacité du théâtre à faire le vide. Marquer une pause. Un temps. Rien qu’un entracte, au fond. Dire simplement : « Soit. Disparaissons un instant si vous le voulez bien, et revenons un peu plus tard quand tout sera fini ». Je suis sûr que les gens le comprendraient, en plus. Ne lui en voudraient pas.

 

Mais non. Le théâtre ne s’arrête pas. Le théâtre ne s’arrête jamais (Vidy suit le même chemin en proposant ses spectacles gratuitement sur le web, ndlr.). Trop heureux d’être un service public « comme les autres », au même titre que l’électricité ou le gaz. Mais c’est ça, au fond, la contrepartie de cette revendication qui consiste à vouloir être un service public comme un autre : cela demande de livrer la marchandise coûte que coûte, quoi qu’il arrive, virus ou non. Que le flux ne s’arrête jamais. Même quand tout le monde sera mort. Même quand il n’y aura plus personne. Que tout soit à peu près comme avant. Car il n’y a pas de temps dans le monde marchand. Pas de spécificité. Pas de limite. Pas d’impossibilité non plus. « Show must go on », selon la bonne vieille formule capitaliste.

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Au moment où tout un pays s’arrête, voilà donc que certains se mettent à travailler de plus belle pour capter un public qui n’aura jamais été aussi nombreux et aussi disponible. « Pendant le confinement, Jean-Louis Aubert, Christine and the Queens ou -M- offrent des concerts depuis leur salon », rapporte Le Monde, qui montre en creux que la catastrophe n’est pas si catastrophique pour tout le monde. Elle contrarie momentanément les échanges commerciaux certes, mais pas le marché en tant que tel, ni son esprit, sa structure, sa capacité à rebondir et à faire feu de tout bois. Elle permet même d’offrir une nouvelle trame pour les semaines à venir, d’entretenir le lien commercial grâce à de multiples plateformes et de créer un nouveau business de confinement. Car la magie de ce monde est que les opérateurs culturels ont toujours quelque chose à nous vendre, y compris dans les situations les plus extrêmes.

Dans cet intermède où l’urgence culturelle est de gaver le public de contenus numériques pour mieux le conserver, voire même pour l’élargir, il n’est pas étonnant qu’on se prenne à rêver du contraire. Oublier les concerts online, podcasts, journaux et autres gadgets. Se contenter plutôt de tourner la tête, d’ouvrir les fenêtres et de contempler les vestiges du monde, à l’instar des personnages d’Edward Hopper. Se tenir là, vacant, sans rien faire, au bord de son propre gouffre, de l’ennui, du vide, et mettre en pratique les paroles de cette chanson de Gérard Manset, si précieuse en ces temps de confinement : « Attends que le temps te vide... ».​"

L'insoutenable légèreté du capitalisme vis-à-vis de notre santé

Les lignes qui précèdent me concernent aussi. J'en suis au treizième épisode d'un blog hautement dispensable sur la période que nous traversons. Seule excuse: je m'occupe. On ne peut passer ses journées à laver les dents-de-lion pour la salade ou lire "Les affinités électives" de Goethe. Une de mes qualités (dit-on) est l'esprit de synthèse - mais j'ai appris à m'en méfier aussi. Partir à fond de train sur une idée, organiser savamment sa démonstration autour de cette colonne vertébrale, et se rendre compte ensuite qu'il manquait, tout simplement, un autre "point de vue"...

Donc, pour l'instant, je lis, conserve ce qui m'intéresse, en publie les passages marquants ici même me retenant d'en tirer des conclusions qui paraîtront vite caduques selon le développement des événements. Le point de vue proposé ci-dessous émane d'une sociologue franco-israélienne, Eva Illouz, qui n'a pas, elle non plus, la langue dans sa poche. Mérite supplémentaire, elle parle d'un pays, Israël, dont la majorité d'entre nous avons renoncé à comprendre les ressorts intimes. En quoi nous avons tort, bien entendu. Eva Illouz se livre à une critique acérée du capitalisme court-termiste auquel nous devons l'impréparation effarante des autorités et de la population face à la crise sanitaire que nous vivons (texte intégral ici).

" Les crises révèlent les structures mentales et politiques et, dans le même temps, elles mettent au défi les structures conventionnelles et la routine. Une structure est habituellement dissimulée au regard, mais les crises n’ont pas leur pareil pour exposer à l’œil nu les structures mentales et sociales tacites.

La santé, selon Michel Foucault, est l’épicentre de la gouvernance moderne (il parlait de « biopouvoir »). A travers la médecine et la santé mentale, affirmait-il, l’Etat gère, surveille et contrôle la population. Dans un langage qu’il n’aurait pas utilisé, nous pourrions dire que le contrat implicite passé entre les Etats modernes et leurs citoyens est fondé sur la capacité des premiers à garantir la sécurité et la santé physiques des seconds.

Cette crise met en lumière deux choses opposées : d’abord le fait que ce contrat, dans de nombreuses parties du monde, a progressivement été rompu par l’Etat, qui a changé de vocation en devenant un acteur économique entièrement préoccupé de réduire les coûts du travail, d’autoriser ou encourager la délocalisation de la production (et, entre autres, celle de médicaments clés), de déréguler les activités bancaires et financières et de subvenir aux besoins des entreprises. Le résultat, intentionnel ou non, a été une érosion extraordinaire du secteur public. Et la deuxième chose, c’est le fait, évident aux yeux de tous, que seul l’Etat peut gérer et surmonter une crise d’une telle ampleur. Même le mammouth Amazon ne peut faire plus qu’expédier des colis postaux, et encore, avec de grandes difficultés. (...)

L’inédit de cette crise, c’est à quel point elle se montre hantée par l’« économisme ». Le modèle britannique (décrié depuis) a initialement consisté à adopter la méthode d’intervention la moins intrusive possible, soit le modèle de l’auto-immunisation (c’est-à-dire de la contamination) de 60 % de la population – une option qui revenait à sacrifier une partie de cette population au nom du maintien de l’activité économique. L’Allemagne et la France avaient d’abord réagi de la même manière, ignorant la crise tant que cela fut possible. Comme l’a relevé l’essayiste italien Giuliano Da Empoli, même la Chine, qui piétine les droits de l’homme, n’a pas utilisé aussi ouvertement que les nations européenne l’« économisme » comme un critère à prendre en considération dans la lutte contre le virus. Le dilemme est sans précédent : sacrifier la vie de nombreuses personnes âgées et vulnérables ou sacrifier la survie économique de beaucoup de jeunes et d’indépendants.

Il n’est pas sans ironie que ce soit le monde de la finance, généralement arrogant et si souvent impénétrable, qui ait été le premier à s’effondrer. Cela a montré que la circulation de l’argent dans le monde repose sur une ressource que nous considérions tous comme acquise: la santé des citoyens. Les marchés se nourrissent de la confiance comme d’une monnaie pour construire le futur, et il s’avère que la confiance se fonde sur l’hypothèse de la santé. Les Etats modernes ont garanti la santé des citoyens: ils ont construit des hôpitaux, formé des médecins, subventionné la recherche médicale et conçu des systèmes de protection sociale. Ce système de santé était le socle invisible qui rendait possible la confiance dans l’avenir qui, à son tour, conditionne les investissements et la spéculation financière. Sans santé, les transactions économiques perdent leur sens.

La santé était donc tenue pour acquise; et ces dernières décennies, les politiciens, les places financières, les grandes entreprises s’accordèrent tous pour promouvoir des politiques qui réduisaient drastiquement les budgets dévolus aux ressources publiques, de l’éducation aux soins de santé, ignorant ainsi de façon paradoxale à quel point les entreprises avaient pu bénéficier de ces biens publics (éducation, santé, infrastructures), sans rien débourser pour cela. Toutes ces ressources dépendent de l’Etat et conditionnent l’existence même des échanges économiques. Pourtant, en France, 100 000 lits d’hôpitaux ont été supprimés ces vingt dernières années (les soins à domicile ne sauraient compenser des lits en unités de soins intensifs). 

Aux Etats-Unis, le pays le plus puissant de la planète, les médecins se démènent pour trouver des masques, afin de se protéger eux-mêmes. En Israël, en 2019, le ratio lits d’hôpitaux / population totale était tombé à son plus bas niveau depuis trois décennies, selon un rapport publié par le ministère de la Santé.

Netanyahou et ses gouvernements successifs ont négligé le système de santé pour deux raisons : parce que Netanyahou est fondamentalement un néolibéral qui croit en la redistribution de l’argent issu des ressources collectives aux riches sous la forme d’exonérations d’impôts; et parce qu’il a cédé aux exigences des partis ultra-orthodoxes qui sont ses partenaires de coalition, créant ainsi des pénuries massives dans le système de santé. Le mélange de gravité et d’hystérie avec lequel la crise actuelle a été gérée visait à dissimuler cette stupéfiante impréparation (manque de masques chirurgicaux, de respirateurs artificiels, de combinaisons de protection, de lits, d’unités de soins adéquates, etc.). Netanyahou et des hordes de politiciens partout dans le monde ont traité la santé des citoyens avec une légèreté insupportable, échouant à comprendre l’évidence: sans santé, il ne peut y avoir d’économie. (...)

La pandémie va causer des dommages économiques incommensurables, un chômage massif, une croissance en berne ou négative, et elle affectera le monde entier – les économies asiatiques ayant des chances d’en ressortir les plus fortes. Les banques, les entreprises et les sociétés financières devront supporter la charge, aux côtés de l’Etat, de trouver une issue à cette crise et devenir des partenaires pour la santé collective des citoyens. Elles devront contribuer à la recherche, aux plans de préparation aux urgences nationales, et à l’embauche massive, une fois cette crise terminée. Elles devront porter le fardeau de la reconstruction économique, quand bien même cet effort collectif ne générerait que peu de profits.

Les capitalistes ont pris pour acquises les ressources fournies par l’Etat – l’éducation, la santé, les infrastructures – sans jamais réaliser que les ressources dont ils spoliaient l’Etat les priveraient, au bout du compte, du monde qui rend l’économie possible. Cela doit cesser. Pour que l’économie ait un sens, elle a besoin d’un monde. Et ce monde ne peut être construit que collectivement, grâce à la contribution du secteur privé au bien commun. Si seuls les Etats peuvent gérer une crise d’une telle ampleur, ils ne seront pas suffisamment forts pour nous faire sortir à eux seuls de cette crise: il faudra que les entreprises contribuent au maintien des biens publics, dont elles ont tant bénéficié.

En Israël, malgré un bilan relativement peu élevé en terme de vies humaines (jusqu’à présent), la crise du coronavirus a profondément ébranlé les institutions du pays. Comme Naomi Klein n’a cessé de le souligner, les catastrophes sont pour les élites des occasions de s’emparer de butins de guerre et d’en tirer le maximum de profits. Israël en fournit un exemple frappant. Netanyahou a de facto suspendu les droits civiques fondamentaux et fermé les tribunaux (se sauvant ainsi in extremis du procès qui l’attendait). Le 16 mars, au milieu de la nuit, le gouvernement israélien a approuvé le recours à des outils technologiques élaborés par les services secrets du Shin Bet pour traquer les terroristes, afin de localiser et identifier les mouvements des porteurs de virus (et de ceux qu’ils auraient pu contaminer). Il a contourné l’approbation de la Knesset, pourtant prévu par la procédure, et adopté des mesures qu’aucun pays n’avait encore prise – y compris les plus autoritaires.

Les citoyens israéliens ont l’habitude d’obéir rapidement et docilement aux ordres qu’ils reçoivent de l’Etat, en particulier lorsque leur sécurité et leur survie sont en jeu. Ils sont accoutumés à considérer la sécurité comme une raison valable d’enfreindre la loi et de porter atteinte à la démocratie. Mais Netanyahou et ses acolytes ne se sont pas arrêtés là: ils ont mis un coup d’arrêt à la formation de commissions parlementaires, menant de facto ce que certains commentateurs et citoyens ont appelé un «coup d’Etat» politique, privant ainsi le Parlement de sa fonction de contre-pouvoir face à l’exécutif, et refusant les résultats des élections, qui les mettaient en situation de minorité. Le 19 mars, une procession légale de voitures munies de drapeaux noirs pour protester contre la fermeture du Parlement a été stoppée de force par la police, pour la seule raison que celle-ci en avait reçu l’ordre. (...)

Ce qui vient redoubler le sentiment de crise, c’est le fait que la pandémie requiert une nouvelle forme de solidarité à travers la distanciation sociale. C’est une solidarité entre les générations, entre les jeunes et les vieux, entre quelqu’un qui ne sait pas qu’il peut être malade et quelqu’un qui pourrait mourir de ce que le premier ne sait pas, une solidarité entre quelqu’un qui a peut-être perdu son travail et quelqu’un qui pourrait perdre la vie.

Je suis confinée depuis plusieurs semaines maintenant et l’amour dont mes enfants m’ont couverte a consisté à me laisser seule. Cette solidarité exige l’isolement et fragmente le corps social en ses plus petites unités possible, ce qui complique nos organisations, nos rencontres, nos communications – au-delà des innombrables plaisanteries et vidéos échangées sur les réseaux sociaux. Nous faisons aujourd’hui l’expérience d’une sociabilité de substitution: l’usage d’Internet a plus que doublé; les réseaux sociaux sont devenus les nouveaux salons. (...)

Cette pandémie est comme une bande-annonce de cinéma qui nous donne un avant-goût de ce qui peut nous arriver si des virus bien plus dangereux font leur apparition et si le changement climatique rend le monde invivable. Dans des cas pareils, il n’y aura ni intérêt privé ni intérêt public à défendre. Contrairement à ceux qui prédisent une résurgence du nationalisme et un retour des frontières, je crois que seule une réponse internationale coordonnée peut aider à affronter ces risques et périls inédits. Le monde est irrévocablement interdépendant et seule une contribution de ce genre peut nous permettre de faire face à la prochaine crise. Nous aurons besoin d’une coordination et d’une coopération internationales d’un type nouveau pour étudier les maladies, pour innover dans les domaines de l’équipement médical et de la recherche, et plus que tout, il faudra réinvestir les richesses considérables amassées par les entités privées dans les biens communs. Telle sera la condition pour avoir un monde."

 

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Deux petites choses pour terminer. Ce matin (31 mars), la Neue Zürcher Zeitung), proche des milieux d'affaires libéraux comme chacun sait, invitait les conseils d'administration à faire preuve de "retenue" dans le versement de dividendes aux actionnaires, afin de préserver une certaine "symétrie" dans les sacrifices que cette crise va exiger. Qu'en termes galants ces choses-là sont dites! Pour mémoire, les dividendes mondiaux ont atteint en 2019 un montant record de 1430 milliards de dollars. En Suisse, ils s'élevaient à 52 milliards de francs, sans les dividendes spéciaux et rachats d'actions (NZZ du 15.01.20). La facture de la crise financière de 2008 a été réglée par les Etats et par une stagnation voire une diminution du niveau de vie des classes inférieures et moyennes. En ira-t-il de même cette fois?

Ce matin toujours, Philipp Müller, directeur d'UBS pour la Suisse romande, livrait ses perspectives économiques, joliment intitulées "Covid-19, risques et opportunités", sur les conséquences de la crise du coronavirus. Ecoutez la 24ème minute de son intervention. A la question "avons-nous un problème avec la globalisation?", il répond... oui.

Aquarelle de Maeva