Les drôles de vacances (30)

Compassion: (du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie) est un sentiment par lequel un individu est porté à percevoir ou ressentir la souffrance d'autrui, et poussé à y remédier, par amour, morale ou éthique. D'où le besoin de ce mot, ainsi que de celui d'empathie.

Pourquoi suis-je si peu empathique, peu porté sur la compassion?

Compassion: (du latin : cum patior, « je souffre avec » et du grec συμ πἀθεια , sym patheia, sympathie) est un sentiment par lequel un individu est porté à percevoir ou ressentir la souffrance d'autrui, et poussé à y remédier, par amour, morale ou éthique. D'où le besoin de ce mot, ainsi que de celui d'empathie.

Pourquoi suis-je si peu empathique,

Hier encore... Une amie a publié dans "Le Quotidien Jurassien" une lettre "à nos grands protégés" (à ses parents, en fait), plutôt bien tournée. Ce titre m'a irrité, j'ai répondu - pas très diplomatiquement - que je trouvais la lettre à côté de la plaque, évoquant "les nombreux vieux qui ne se reconnaissent pas dans l'image infantilisante que leur confère cette crise". C'était inutile et plutôt méchant. Pourquoi l'ai-je fait?

L'épidémie fait ressortir des réflexes de toutes sortes - dans l'ensemble beaucoup de beaux gestes de solidarité. Pour des sociétés qu'on disait étouffant dans l'individualisme, c'est rassurant.

Je m'en réjouis mais n'y participe pas. Comme vieux, je serais probablement renvoyé chez moi. Soyons franc: l'envie n'y est pas non plus. Pire que l'envie, l'imagination. 

Le pasteur Jean-François Ramelet, dont j'aime bien les citations qu'il sème sur sa page FB, y glissait celle-ci il y a quelques jours:

"Pour être là, il faut être ailleurs qu'en soi" (Jean-Mambrino)

C'est une des clés, probablement.

Je ne suis vraiment "là" que dans la nature. Encore me faut-il une bonne heure pour m'y oublier.

 

La poignée de personnes qui suit ce blog se demande peut-être à quoi rime ce mélange de paysages et bouts de textes. Des images et des réflexions qui n'ont rien - à première vue - à faire ensemble. Jurant comme un charretier dans une cercle de dames patronnesses.

 

Tout simple. Repensant hier à la lettre de cette amie et à ma réaction, j'ai cherché un des coins sauvages où j'aimais m'aventurer avec des bottes de pêcheur entre 2006 et 2008, pendant l'agonie de mon père. Les bottes étaient restées à la cave depuis, je les ai ressorties et ai suivi un semblant de sentier non marqué sur la carte le long de la Broye, pataugé dans l'eau rare.

Empathie et compassion. Y a-t-il une différence entre les deux, et peut-on développer la seconde, comme on développe ses abdominaux? Oui, selon Mathieu Ricard et Olga Klimecki (la citation est de cette dernière):

"Alors que l’empathie fonctionne comme un simple miroir des émotions d’autrui, la compassion implique un sentiment de bienveillance, avec la volonté d’aider la personne qui souffre. J’ai donc conçu des entraînements à la compassion et j’ai constaté que celui-ci a un impact sur l’attitude des participants, en augmentant leur prosocialité, à savoir leur capacité à agir pour le bénéfice d’autrui. Cela s’est vérifié après examen à l’IRM. Les personnes ayant suivi l’entraînement à la compassion affichaient des activités neuronales liées aux émotions positives, même lorsqu’on leur soumettait des images d’individus souffrant. Au contraire, le fait d’être trop empathique vis-à-vis de la détresse d’autrui peut conduire à des réactions similaires à un «burn out», ce qu’on appelle la fatigue empathique."

S'entraîner à la compassion? J'essaie. Petitement. Sans conviction.

Le pasteur qui nous donnait les cours d'éducation religieuse avant la confirmation - brave homme, au demeurant - m'avait gratifié d'un verset biblique qui, sur le moment, m'avait rendu très fier: "Heureux ceux qui ont faim et soif de justice". La justice, ça me va. On reste pas trop éloigné du donnant-donnant. Tandis que la compassion, puits sans fond...

 

C'est sans doute là tout son intérêt.

Sans doute. Quelques années après ma confirmation, j'ai appris que le pasteur s'était suicidé. J'ai éprouvé comme un sentiment de tromperie sur la marchandise. Aucune empathie, vous dis-je.

Autour de moi, pourtant, les bons exemples abondent. Wendy, mon épouse, bouddhiste, pratique constamment la compassion, c'est même le coeur de son engagement. Mes ami(e)s sont pour la plupart des gens altruistes. Parents, éducation..., pas trace d'égoïsme dans les messages reçus.

Une affaire de gènes, alors? Cherche-toi des excuses!

Le fait est là. Ca m'embête quand même un peu, cette histoire.

"Tu pratiques la générosité avec tes photos, en partageant la beauté que tu rencontres en chemin", dit Wendy pour m'encourager. J'aimerais croire qu'elle a raison. Ce contact avec la nature est quelque chose de difficilement explicable. La nature, c'est dieu et diable réunis, un moment de solitude sans partage, sans promesse et sans lendemain, énergisant et épuisant en même temps. Un oubli total. 

Alors voilà. Tout le monde considère Trump comme un incompétent arrogant totalement dénué de compassion dans sa gestion de la crise du Covid-19. Un pasteur bâlois surmené a même souhaité que ce «dictateur fasciste soit tué»; il a dû présenter des excuses publiques pour cette remarque peu compassionnelle.

Suis-je meilleur que Trump? Pour la coupe de cheveux, je pense, ce n'est pas difficile. Pour l'âme, je laisse ce jugement à l'Autre.

Aggravant mon cas, je me soucie plus des rivières à sec (la Broye le sera bientôt si ça continue) que des appels, plus urgents les uns que les autres, à sauver l'humanité que le facteur dépose imperturbablement chaque matin dans ma boîte aux lettres. 

Des hectolitres de compassion. J'en suis à la pipette.

Bressonnaz, 21 avril 2020. Leica M10, objectifs 35 et 21mm. 

© Jean-Claude Péclet. Reproduction soumise à autorisation