Les drôles de vacances (8)

"Je croyais que les bises étaient interdites!", écrit un plaisantin sur Facebook. Celle qui souffle sur le plateau vaudois engourdit les doigts. J'ai déposé deux livres en passant dans la boîte à lait des Lassueur et ne les ai pas appelés. Pas envie d'une conversation-express gelée de pavés à balcon.

Dimanche 22 mars, coup de froid sur le printemps. J'aime ce plomb tendre sur le chemin des blés qui arrondit les lumières et cotonne la mélancolie. Arbre d'arrosoirs. La sortie sera hygiénique, une seule bobine dans le Rolleiflex. J'ai choisi Ogens, dans le Gros-de-Vaud, sachant qu'un promeneur solitaire s'y fera moins remarquer qu'en ville. Croisé un vieux paysan à casquette, éclair des dents en or sous les branches suppliantes. "Bonjour Monsieur!", fait-il d'un ton enjoué. Je lui réponds de même,  trois mots sur la météo.

Confiné pour confiné, autant la campagne des dimanches assoupis, celle du tracteur en plastique et ses vélos entassés dans un des nombreux réduits entourant la maison. Le bavardage des fontaines, une lampe baladeuse accrochée dans les vastes grottes boisées. Je me faisais la même observation en Valais l'autre jour: entre agitation et méditation, l'écart est moins grand dans les villages et petites localités.

C'est le moment de citer la "Lettre à un jeune poète" de Rilke:

"Une seule chose est nécessaire : la solitude. La grande solitude intérieure. Aller en soi-même, et ne rencontrer durant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul comme l’enfant et seul quand les grandes personnes vont et viennent, mêlées à des choses qui semblent grandes à l’enfant et importantes du seul fait que les grandes personnes s’en affairent et que l’enfant ne comprend rien à ce qu’elles font."

En fait de solitude, Wendy est rentrée de sa retraite des Pléiades. Elle paraît contente. Je le suis.

Les images ci-dessous ont donc été faites avec le Rollei des années 60, film Tri-X.

© Jean-Claude Péclet. Reproduction soumise à autorisation