Au château d'Hauteville

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En 1800, Jacques-Philippe Cannac de Saint-Légier, héritier du château de Hauteville, marie sa fille unique Victoire à Daniel Grand, riche fils de banquier, lui-même trésorier de France et de la Cour de Suède. Papa est ravi de cette fructueuse alliance mais s'inquiète des manières de Victoire, un peu... rustiques par rapport à son nouvel état. Il lui a  été rapporté qu'à des hôtes illustres, "on n'a
servi exactement que du thé et un petit plat de biscuits très rassis sans autre accompagnement qu'un verre de sirop de capillaire, et que de toute la soirée on n' a offert ni fruit ni aucune espèce de rafraîchissement. Cette famine contraste avec l'abondance et la profusion des goûters de la ville (de Vevey, ndlr.) et la somptueuse élégance du château". Le souper "fut bien court" et vers dix heures, "l'hôtesse ne fit rien pour retenir ses visiteurs."

 

Jacques-Philippe Cannac demande à sa fille de faire un effort: "Tu as des domestiques de bonne volonté, mais à qui il faut tout dire jusqu'à ce que tu les aies formés et qu'ils connaissent tes intentions sur les principaux objets ; je t'invite aussi à t'occuper avec plus d'attention des personnes qui te rendront visite pour rendre à chacun les égards qu'ils sont en droit d'attendre et répondre à leurs avances et leurs politesses. Je t'avoue que j'appréhende beaucoup pour toi les observations du colonel de Blonay (Jean-Rodolphe, seigneur de La Tour-de-Peilz et lieutenant-colonel de milices, 1731-1818) sur la mesquinerie de ton goûter qui l'aura choqué autant que moi."

Les conseils paternels furent suivis, et le château de Hauteville connut alors son époque la plus brillante. Calèches et brillants équipages se succédaient dans les allées de tilleuls et de platanes du parc somptueux imaginé par Pierre Philippe Cannac (les extraits historiques ci-dessus sont extraits d'un article de Henri Perrochon publié en 1947 dans la Revue historique vaudoise).

Bien plus tard, au XXème siècle, l'élégance manifestée par Victoire n'a pas été imitée par les autorités - faut-il s'en étonner? La construction de l'autoroute cisailla le parc magnifique et son boulingrin (bowling green). Quand la famille Grand d'Hauteville vendit son bien, le canton de Vaud se désintéressa de la propriété et de son contenu. C'est une université américaine d'inspiration chrétienne qui l'a racheté et y investit, dit-on, près de 40 millions de francs en travaux de restauration.

Lors des journées du patrimoine 2021, l'occasion était donnée de visiter les lieux en travaux. J'ai ainsi pu voir l'orangerie, futur dortoir et réfectoire des étudiants, et le parc. Architectes et paysagiste disent que les nouveaux propriétaires se montrent très respectueux du caractère historique des lieux et s'efforcent de le restituer. Tant mieux. Les quelques images faites lors de cette visite l'ont été dans la grande qui se trouve à l'entrée (future salle de spectacles) et dans le parc.

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St-Légier, 13 septembre 2021. Fuji X100V.

© Jean-Claude Péclet 2021. Reproduction soumise à autorisation