Vincent Kucholl au studio #48 (8, final)

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La "guest star" du jour, c'est lui, Wakan. Un dindon cabotin comme pas deux, hébergé comme une quarantaine d'autres animaux au sanctuaire "Co&xister" de Virginia Markus et Pierrick Destraz à Frenières-sur-Bex. Il parade au milieu des flashes, avec une prédilection pour les mollets d'Alex, un peu vexé quand même qu'on lui ait préféré un cochon pour poser avec Ignazio Chollet, un des personnages qu'incarne Vincent Kucholl sous l'objectif d'Anne-Sophie et Benoît de Rous.

Petit coup de blues: cette séquence sous le ciel d'orage qui menace est la dernière d'un travail commencé il y a six mois, au cours duquel les deux Vincent (Veillon et Kucholl) ont rejoué quelque 80 rôles inventés en dix ans de collaboration, dans les mises en scènes, les costumes et les lieux les plus divers. Le 4 mai 2021, dûment minutée par la feuille de route reçue la veille, est particulièrement représentative de cette diversité. Mais reprenons au début de la journée...

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Ce matin, le comédien lausannois Didier Charlet est venu prêter main forte pour interpréter - non: pas l'abominable Jean-Gabriel Cuénod, diacre de la paroisse imaginaire de Chastavel - mais un autre personnage moins connu des émissions télévisées "52/120/26 minutes" :  Maxime Friche qui, avec son comparse Alceste Theubet, se réjouissent de voir le futur Théâtre du Jura à Delémont ouvrir bientôt ses portes.

Avec Kucholl, Veillon et quelques autres, Didier Charlet est un produit de la troupe d'improvisation Avracadabrac dont on ne dira jamais assez la fonction d'incubateur qu'elle a joué dans le renouveau de l'humour romand au début des années 2000.

Pour ne pas choquer les âmes sensibles, je ne reproduis pas les dialogues toniques qu'enchaînent Friche et Theubet pendant les prises de vues. Notons en revanche que les comédiennes et comédiens participant au projet de livre viennent tous bénévolement.

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Séquence suivante, on enchaîne. Ce devrait être simple - et ça ne l'est pas. Reto Zenhäusern, archétype du businessman cynique, fier de l'être, est un des personnages les plus rôdés et connus que joue Kucholl. Il intervient dans le livre de façon... mais chut: surprise ! Pour une raison technique, il faut refaire une des prises de vues en gros plan mais, comme cela arrive parfois, il y a un tout petit quelque chose qui coince. L'expression parfaite? oui, enfin, presque, on n'y est pas tout-à-fait, la position des mains, l'étincelle dans le regard, le menton trop ou pas assez relevé. Dans la perplexité qu'elle exprime, l'image noir-et-blanc ci-dessus est la version contemporaine du dicton "cent fois sur le métier..."

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Terminé pour aujourd'hui les prises de vues au studio #48. Toutes les autres se feront en extérieur, et dans plusieurs lieux. C'est-à-dire qu'il faut à chaque fois débrancher, transporter et réinstaller flashes, batteries, trépieds, appareils, ordinateur et accessoires. Si possible sans rien oublier. Aujourd'hui, Anne-Sophie ont deux aides, Alex Annen et Mehdi Oueslati.

Temps mort? Il ne dure jamais longtemps. Il y a toujours une date à modifier, un message urgent à traiter, un agenda à organiser. Je pense au tintouin que l'on a fait pendant la pandémie autour du télétravail opposé au "présentiel" (horrible néologisme!) et me dis que ceux qui édictent des prescriptions à ce sujet n'ont jamais suivi l'activité des "Productions 360", qui gèrent les émissions et spectacles des deux Vincent. C'est un mélange constant de travail à distance et de rendez-vous physiques, bien malin qui pourrait démêler cet écheveau. Une condition pour tenir: de la souplesse, on va le voir tout-à--l'heure.

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Est-ce d'avoir vu il y a quelques jours le film "Enrico Piaggio - Vespa" qui raconte sur le mode romancé comment l'équipée d'Audrey Hepburn et Gregory Peck chevauchant ce véhicule dans "Vacances romaines" a contribué à le rendre légendaire, toujours est-il qu'Anne-Sophie, ses lunettes de soleil, son noeud dans les cheveux et son chemisier léopard me font oublier un instant Vevey et sa grisaille de mai pour m'envoler vers une ville du sud avec ses embouteillages, ses monuments quêtant la rénovation, les sifflets admiratifs des garçons...

Ah, ben non! Siffler, n'est-ce pas déjà une attitude de prédateur?... Ce blog n'est sans doute pas l'endroit pour polémiquer, mais allons-y, juste un peu. Pendant que l'équipe installe les éclairages en extérieur (seuls les murs du musée Jenisch apparaîtront sur les images, et encore de façon à peine reconnaissable), une chargée de communication dudit musée sort pour s'assurer que la scène photographiée n'aura ni de près ni de loin un contenu homophobe, sexiste ou susceptible de froisser un représentant de minorités. Bienvenue dans le monde des pré-censeurs tatillons payés par nos impôts pour se mêler de ce qui ne devrait même pas les regarder ! Ah, mais l'image de l'institution muséâââle, répliquerez-vous... Parlons-en de l'image de ce musée: valse des directeurs, polémiques sur son financement, il y a en effet de quoi dire et écrite. Mais dans la glu de politiquement correct qu'est devenue la Culture Officielle, la priorité est de ne pas faire de vagues.

Laissons la Chargée de Communication à ses soucis. Maude Golay remplit un attaché-case de billets de... 120 francs à la double effigie de Veillon et Kucholl, en laisse soigneusement dépasser un certain nombre, et déclenchons. Les financiers véreux font partie des cibles autorisées. Les risques que l'Amicale des moniteurs de ski porte plainte sont ténus aussi, l'humour est sauf.

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En route pour Villeneuve, son inoubliable zone industrielle, son "Holy Cow" où je découvre avec envie les bons côtés de la Gloire. "J'aime beaucoup ce que vous faites!", lance le gérant qui reconnait Vincent Kucholl dans le client passant commande au comptoir: hamburger offert.

Dans la voiture, Maude Golay s'est rendu compte d'un petit bug. Le costume de chef de train que doit revêtir l'humoriste pour une prochaine séquence n'est pas le tout dernier modèle des CFF. Celui qu'elle a emporté pourrait à la rigueur faire l'affaire, mais c'est mal connaître le perfectionniste Kucholl. Ce sera donc un aller-et-retour express à Lausanne pour ramener la bonne tenue.

Du coup, nous inversons deux scènes et nous rendons d'abord dans une menuiserie. C'est là, perché dans un coin du hangar, que se trouve un improbable carnotzet décoré d'une tête de cerf et de différents trophées de chasse. Un cadre idéal pour le personnage de Bernie Sarrasin, feutre et bottes de cow-boy. L'homme est un loup pour l'homme - et encore plus pour le loup.

Le cadre est parfait mais exigu comme une boîte à chaussures. Y placer deux softbox tient de l'exploit contorsionniste. Il faudra, dans ce cas comme dans bien d'autres situations, travailler en "composite": une image avec le modèle suivie d'autres plans, cadrés rigoureusement de la même manière mais sans modèle, avec un éclairage légèrement modifié pour gommer certaines ombres. C'est à ce prix que la photographie finale répondra aux attentes. Je signale au passage cet important travail de post-production, évidemment moins spectaculaire à illustrer, mais ô combien important et parfois ingrat.

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Munis du bon costume de chef de train, nous retrouvons les grands espaces de la Plaine du Rhône où le personnage de Pascal Zitsman, employé modèle des CFF, juché sur un Vélosolex hèle ses collègues de l'Intercity glissant dans un souffle sur la voie voisine.

Pas de loge volante, Vincent Kucholl se change dans la nature tandis qu'Anne-Sophie, Benoît, Alex et Medhi montent le matériel en gérant un petit problème imprévu: la route secondaire est très fréquentée par les cyclistes amateurs auxquels il faut laisser le passage en évitant qu'ils entrent dans le cadre. Autre impondérable, le soleil joue à cache-cache avec les nuages, obligeant à modifier en conséquence l'éclairage d'appoint des flashes.

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Dernière étape de cette longue journée, la ferme-sanctuaire "Co&xister" se trouve sur la route qui mène des Plans-sur-Bex à Pont-de-Nant. Vincent Kucholl y incarne Ignazio Chollet, un autre de ses avatars les plus connus, et y a pour partenaire Bhutsy, un cochon tout ce qu'il y a de plus joueur.

Bon, il faut quand même l'encourager à faire connaissance, ce qui est plus facile avec une pomme... et quelques épluchures répandues sur la la veste d'Ignazio Chollet, étendu sans défense sur une chaise longue. "Aaaah, c'est dégueu!" hurle Kucholl (qui en rajoute un peu, on n'est pas comédien pour des prunes) en se laissant tartiner de bave affectueuse.

La pluie menace - mais non, elle ne tombera pas avant la fin des prises de vues. Wakam-le-dindon tente une dernière fois sa chance sous les projecteurs et s'en va avec dignité.

Pour Anne-Sophie et Benoît, il reste des centaines d'images à trier, éditer, la couverture du livre à affiner. Mille détails à régler jusqu'à l'automne 2021.

Photographies couleurs Leica M10 apo-Summicron 50mm- f2, noir-et-blanc Leica M10 Monochrom Summilux 35mm. f1.4

© Jean-Claude Péclet, 2021. Reproduction soumise à autorisation