Leica M10 Monochrom

Les deux premières séries d'images réalisées avec le boîtier Leica M10 Monochrom (ici et ici) ont été réalisées en format "brut" (raw). C'est celui que privilégiera le photographe soucieux d'exploiter au maximum la richesse de tons et de détails caractérisant cet appareil destiné à une toute petite niche du marché, vu son prix et le fait qu'il ne livre que des images en noir-et-blanc.

Au fait, à qui s'adresse le M10M? J'ai ma petite idée là-dessus, bousculant un peu la "légende" Leica telle qu'on la véhicule aujourd'hui encore. Depuis la commercialisation du premier Leica en 1925, le célèbre appareil à télémètre symbolise la petite taille et la discrétion chère aux reporters et aux photographes de rue. Sauf que depuis, d'autres ont fait mieux sur ce terrain-là. Sans même parler des téléphones mobiles, que nombre de reporters utilisent pour passer inaperçus, Fuji, Olympus et Sony ont développé des appareils plus compacts, d'excellente qualité et plus réactifs grâce à leur autofocus. 

"Oui, mais ils n'offrent pas la même qualité de construction qu'un Leica, et surtout pas celle des optiques Leitz!", se récrieront les puristes. En quoi ils ont à la fois raison et tort. Raison parce que rien ne remplace un Leica que l'on a appris à maîtriser (ce qui demande de la pratique). Tort parce qu'un instantané fait avec un Fuji ou un Olympus a toutes les chances de tenir la comparaison avec celui issu d'un Leica, le regard du photographe restant le principal facteur de différenciation !

En revanche, il y a un domaine où le capteur plein format et haute résolution (45 MP) du Leica M10M, avec sa large plage dynamique, peut le rendre intéressant: la photographie de paysage et d'architecture. Voilà un appareil livrant des fichiers si riches en détails et en nuances, surtout avec les optiques Leitz, qu'il commence à concurrencer des boîtiers demi-format, aussi bien par le prix que par la qualité. Pas tout-à-fait peut-être, il faudrait faire des tests poussés pour le savoir, mais Le M10M a pour lui l'atout de la légèreté et de la simplicité d'utilisation. D'une certaine façon, c'est une chambre demi-format que l'on peut emporter dans une sacoche qui ne scie pas l'épaule. 

Ce site n'étant pas, a priori, consacré aux aspects techniques de la photographie, j'en décevrai certains en ne menant pas une batterie de tests comparatifs sur trépied. Je préfère les prises de vues en situation, ce qui est le cas de celles ci-dessous. Lors des deux premières séries, je relevais le côté très doux des fichiers raw du M10M, qui demandent à être retravaillés pour en exploiter le contraste et les tonalités. Je voulais voir s'il y a une différence notable avec les fichiers jpeg, calibrés sur "contraste élevé". Les images ci-dessous ont été réalisées de cette façon. D'une manière générale, elles sont effectivement plus contrastées que les raw, "out of the box", mais demandent elles aussi à "tirer le curseur des noirs" vers la gauche sur Lightroom et à appliquer quelques corrections pour optimiser le résultat.

Conclusion provisoire: le M10M est un bel outil, onéreux, qui exige d'adapter sa façon de travailler à ces fichiers à la fois denses et délicats. Un mouvement trop leste du curseur sur Lightroom peut vite devenir contre-productif, il ne faut pas hésiter à combiner les différents outils et à agir par petites touches, délicatement, si l'on veut tirer le meilleur de cet appareil pas comme les autres.

Les photographies ont été faites entre le 5 et le 7 juillet 2020 à Oulens, Orbe et Lausanne (Sévelin-Flon), par temps ensoleillé avec forts contrastes de lumière. Les légères différences de tonalité ne sont pas issues du boîtier mais ont été choisies sur Silver Efex.