Strong boys

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Le mieux est parfois l'ennemi du bien, dit-on. Pour améliorer la précision de la visée sur mon Rolleiflex 6x6 des années soixante, j'ai commandé aux États-Unis chez Rick Oleson un nouveau dépoli plus lumineux et doté d'un microprisme central. Service impeccable, livraison rapide: rien à dire de ce côté-là. Simple à installer aussi - si ce n'est que malgré les explications claires livrées avec le verre, j'ai réussi à le monter à l'envers, sens dessus-dessous. Trop pressé. Puis je suis allé faire des portraits de Samy, une personnalité de ma ville de Prilly (j'y reviendrai dans un autre billet). Sur l'Ilford Pan F développé, tout semblait parfait... C'est en regardant les négatifs secs à la loupe que j'ai constaté mon erreur: le décalage d'un millimètre de la surface dépolie et l'inversion des microprismes faussaient la mise au point, suffisamment pour qu'aucun des clichés ne soit utilisable!

Le verre de visée remis dans le bon sens, je me suis dit qu'il serait plus prudent de faire un test avec une bobine avant d'aller revoir Samy. Pédalant sur les hauts de Renens dimanche, j'ai entendu qu'il régnait une chaude ambiance autour du stade de Verdeaux ( à côté du collège où j'ai fait mes classes jusqu'à l'âge de dix ans). Un match? Oui, mais de cricket, avec des équipes composées exclusivement de Sri-lankais vivant en Suisse. Je me suis approché, aussitôt un participant me mettait un gobelet de pois chiches très (très!) épicés dans la main, un autre m'offrait une canette, un troisième parlant français m'expliquait les règles - complexes - du jeu.

J'ai appris qu'il existe une vingtaine d'équipes tamoules de cricket en Suisse romande, autant en Suisse alémanique, et qu'une grande rencontre nationale se déroule au Wankdorf à Berne. La photo ci-dessus est celle de l'équipe des Strong Boys, dont vous observerez le maillot: on y voit l'écusson vaudois et la croix fédérale. La deuxième image ci-dessous a été prise à la fin du tournoi, au moment de la distribution des coupes et médailles.

Je n'avais qu'une bobine, dommage. Car deux cents mètres sous le stade de Verdeaux, c'est la musique d'un orchestre qui m'a attiré vers l'église catholique, où l'on était en train de ranger les stands d'une fête paroissiale. Sur un podium de fortune, un accordéoniste, un mandoliniste, un guitariste accompagnaient plusieurs dames qui se passaient le micro en enchaînant avec un bel enthousiasme des airs populaires portugais. Monté sur le podium, un couple âgé, les yeux pétillants, écoutait avec délices cet écho du pays. Oui, je suis un enfant de Renens et n'en suis pas peu fier.

De plus, bonne nouvelle, le dépoli remis à l'endroit semble fonctionner correctement pour la mise au point.

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Renens, Verdeaux, 9 octobre 2022. Rolleiflex.

​© Jean-Claude Péclet, 2022. Reproduction soumise à autorisation