Venise, cité citée...

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Venise épuise avant même d'y arriver. Tout n'a-t-il pas déjà été écrit et représenté sur la Sérenissime ? Il faut s'y faire: Venise est un cliché. Pourtant, le miracle est que le charme y opère toujours. Il y a quelques précautions à prendre, bien sur. Choisir une période hors-saison - il n'y en a aucune, mais certains sont quand même un peu plus calmes. Un mois de novembre gris et frisquet par exemple, période à laquelle ont été faites ces images. S'extraire des fleuves de touristes qui paressent du Rialto à la Place Saint-Marc. Prendre le rythme, c'est-à-dire ralentir, lever le nez et vouloir se perdre, à l'inverse de ceux qui tournent leur plan de ville en tous sens pour se repérer dans ce labyrinthe où la ligne droite est inconnue. A défaut de fil rouge (sauf les fameuses boîtes aux lettres vénitiennes), ma méthode fut très simple: Venise est divisée en plusieurs quartiers, j'en ai donc choisi un chaque jour pour m'y enfoncer sans but pour des déambulations de plusieurs heures.

C'est alors qu'on observe, le matin surtout, la ronde des petits métiers nécessaires au fonctionnement d'une ville où tous les transports se font par canaux - y compris les défunts et les ordures ménagères... - et où on ne marche pas cent mètres sans monter ou descendre les marches d'un pont. On prend un café, et puis deux, on regarde distraitement le quotidien qui relate la chute de Berlusconi (ces photographies ont été faites en 2013), et on se dit que la caractéristique de Venise est, précisément, sa résilience. Voilà une cité qui ne finit pas s'enfoncer, de pourrir sur les pilotis de sa splendeur passée, pèlerinage obligé de toutes les humeurs morbides, et qui pourtant résiste à tout: à sa gloire dégénérée en boursouflures baroques, aux malédictions de la Kabbale, aux mastodontes des mers vomissant leur cargaison de clic-claqueurs en shorts et chemise hawaïenne. Venise gère et digère en flux et reflux.

Et pour ce qui est des citations, pourquoi ne pas les assumer ? Parmi les artistes qui ont aimé ou détesté Venise, la galerie ci-dessous fait dialoguer les textes d'auteurs et les images prises en cet arrière-automne, quand une bise glaciale balayait les quais des Fondamente Nuove et qu'au loin, les cimes enneigées faisaient de l'oeil à la sombre Cité des Doges.

"Venise, c'est comme manger une boîte entière de chocolats à la liqueur d'un seul coup" (Truman Capote)

"Je n'y trouvai pas cette fameuse beauté qu'on attribue aux dames de Venise, et vit les plus nobles de celles qui en font trafic." (Michel de Montaigne)

"L'architecture vénitienne se ressent du commerce avec l'Orient ; c'est un mélange du goût mauresque et gothique qui attire la curiosité sans plaire à l'imagination. Le peuplier, cet arbre régulier comme l'architecture, borde le canal presque partout. " (Mme de Staël

"Venise, c'est comme manger une boîte entière de chocolats à la liqueur d'un seul coup" (Truman Capote)

Venise, novembre 2013. Olympus E-m1, objectifs Zuiko 25, 50 et 75mm.

© Jean-Claude Péclet. Reproduction soumise à autorisation