Manifester...

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Manifester, geste si dérisoire, si nécessaire.

 

Dérisoire parce qu'on ne peut que se sentir impuissant face aux bombes, à la souffrance d'une population prise en otage.

 

Dérisoire parce que les slogans repris par la foule ne sont souvent qu'une réduction de l'intelligence.

 

Nécessaire parce que ne pas soutenir les victimes d'une agression, c'est se rendre complice de l'agresseur.

 

Nécessaire parce que rester les bras croisés, c'est encourager l'inaction des gouvernements.

 

Nécessaire, tout simplement, parce qu'un instinct profond nous y pousse. Ce ne sont pas seulement les Ukrainiens que nous défendons, mais la liberté face à la dictature, la souveraineté des peuples face à la force brute, le dialogue basé sur les faits face aux manipulateurs de l'Histoire.

 

Yves Genier, ex-collègue du Temps, écrit ceci sur sa page Facebook :

 

« Une amie bien informée me demande l'autre jour si "L'Occident ne l'a pas quand même un peu cherché", concernant la guerre russo-ukrainenne. Elle faisait référencer à l'argument de Vladimir Poutine selon lequel la Russie ne chercherait qu'à se protéger des "agressions" de l'OTAN.

C'est comme dans une affaire de viol: "C'est pas ma faute, M'sieur le Juge, sa jupe était trop courte, j'ai pas pu me retenir!".

L'agresseur est le gouvernement russe et son armée. L'Ukraine, pays démocratique, avait librement exprimé son intention de rejoindre l'OTAN et l'UE, comme l'ont fait les ancien pays du bloc de l'Est avant elle, et que veulent faire désormais la Moldavie et la Géorgie.

Pour se protéger de qui, selon vous? »

 

Nous sommes là pour dire – sans illusions à court et même à moyen terme – que cette guerre doit cesser, que les civils et les femmes en particulier en sont les victimes de frappes aveugles, d'autant plus rageuses que l'agresseur rencontre plus de résistance que prévu. Ces crimes se paieront. Malheureusement, ce sont aujourd'hui les Ukrainiens et aussi les Russes qui en paient le prix. Les premiers par le feu qu'ils subissent, les seconds par la répression qui s'accentue s'ils critiquent la dérive impérialiste du pouvoir, par le blocus économique qui chasse déjà les forces vives du pays, enfermant ceux qui restent dans le nationalisme autodestructeur.

 

La guerre ne fait jamais que des perdants. Il faudrait, cyniquement, souhaiter que la phase aiguë de celle-ci s'achève vite, sachant qu'à terme, l'envahisseur échouera de toutes façons. Mais il compte justement sur ce fatalisme, sur la crainte d'un élargissement du conflit. Il s'est déjà trompé dans beaucoup de ses calculs en préparant son offensive. Montrons-lui qu'il se trompe cette fois encore.

 

Je participe à cette manifestation en tant que citoyen du monde et photographe. J'ai pris avec moi mes deux appareils argentiques les plus anciens : le Rolleiflex avec lequel j'ai pris la plupart des portraits de jeunes exposés il y a deux ans à Vevey ; il est sorti d'usine en 1938, l'année où Adolf Hitler a prétendu « libérer » les Allemands des Sudètes, comme Poutine veut « dénazifier » l'Ukraine. L'autre appareil était un Leica IIIc fabriqué en 1949, quand l'Allemagne émergeait des cendres du nazisme. Ce choix n'est pas dû au hasard. C'est ma façon de symboliser l'avant et l'après.

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Genève, 5 mars 2022, Rolleiflex + Leica IIIc, film Kodak Tri-X, négatifs scannés

© Jean-Claude Péclet 2022. Reproduction soumise à autorisation