What's left of our dreams

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Vente aux enchères de voitures de collection, Lausanne, Palais de Beaulieu, 25 et 28 juin 2020.

De la MGTB à la carrosserie couleur myosotis (d'époque) à la Maserati biturbo en passant par une Citroën presque centenaire, une Thunderbird rouge vif ou une Mercedes de 1948 qu'on verrait bien dans un film sur les nazis, il y en a pour tous les goûts, tous les prix. Quatre mille francs pour une voiture-paquebot américaine dont la peinture aurait besoin d'un sérieux rafraîchissement, quinze fois plus pour les Porsche et Ferrari bardées de certificats "vintage" et de livrets d'entretien.

Le public, très mélangé, est composé de professionnels à la recherche de la bonne affaire, de couples au front soucieux chuchotant pour soupeser leur envie de faire une folie, de jeunes au crâne rasé sur le côté, de vieux messieurs qui prennent des notes sur la liste de prix, de quelques jeunes filles tournant autour d'une Fiat 500. Juché sur un escabeau qu'il transporte lui-même de dix en dix mètres, un commissaire-priseur tente de faire monter la fièvre acheteuse. Je suis venu pour cela: le contraste entre des voitures sensées faire tourner les têtes et des amateurs gauches et empruntés qu'on n'imagine pas vraiment à leur volant.

Ce dimanche d'ailleurs, l'envie n'y est pas vraiment. Les premières voitures mises aux enchères, n'atteignant pas le seuil minimum fixé par leur propriétaire, repartiront d'où elles sont venues. Les plus chères ne déclenchent aucune offre, à une ou deux exceptions près. Quand une vente dépasse les dix mille francs, elle déclenche quelques applaudissements vite éteints. Pas de passion. Est-ce la menace diffuse du virus qui amène certains à mettre des masques, ou le béton triste de la Halle 9 où s'alignent les chromes rutilants? Toujours est-il qu'on reste assez loin des visions de rêve que devraient déclencher les carrosseries aux subtils arrondis.

 

Pour restituer cette ambiance contre-intuitive, j'ai choisi de travailler avec un boîtier Leica M10 Monochrom, des objectifs 50mm. f2 Apo-Summicron et 35mm. f1.4 Summicron. C'est la première fois que je l'utilise et, même en ayant été averti, je suis surpris par les images apparaissant sur l'écran de contrôle: elles sont grises comme la lumière filtrée par les vitres de la halle traitées, sans relief comme celles que publiaient les journaux dans les années 60.

 

Mais je sais que cette première impression est trompeuse. Ces fichiers très costauds (45 MP) recèlent une plage dynamique impressionnante, pour autant qu'on ne se laisse pas surprendre par les hautes lumières. Avec Lightroom et Silver Efex, il est possible de "tirer" la courbe d'exposition vers les noirs profonds sans perdre dans le détail des zones sombres. Il faut en fait considérer le fichier brut enregistré par l'appareil comme une sorte de "négatif-positif" que l'on retravaille ensuite à sa guise. Et les photographes formés à l'argentique savent qu'il est plus facile d'obtenir un bon résultat à partir d'un négatif plutôt doux (pas trop, quand même) que de rattraper un contraste trop élevé. Intéressant, à perfectionner encore.

© Jean-Claude Péclet. Reproduction soumise à autorisation.