
Jan Peter Zimmerlich, relieur d'art

Jan Zimmerlich dans la cage d'escaliers de la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds
Pensiez-vous qu'une "belle" reliure se résume à des cahiers solidement cousus, protégés par une couverture recouverte de papier marbré, renforcée aux coins et au dos nervuré par un joli cuir, le tout rehaussé de dorure sur tranche? Si oui, il est temps de rafraîchir vos classiques et d'aller voir l'exposition que la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds consacre au travail de Jan Zimnmerlich (jusqu'au 8 août 2025). Vous entrerez dans une autre dimension du livre d'art!
Prenons un exemple: la photo de gauche (ci-dessous) montre la reliure d'un poème de Rilke, "Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke". Elle a obtenu en 2009 le prix de l'innovation du très renommé Centro del Libro à Ascona (dont Jan Zimmerlich fut un élève). Le descriptif de la reliure dit ceci: "structure tissée en boucle infinie sur composite de corde de chanvre. Plats en polyéthylène glissés entre des bandes de tissage. Rondelles en tôle zinguée. Chemise soignée en plein papier coloré, titrée à chaud."


Pas tout compris? Cela ne fait rien. Les lignes de force guidant Jan Zimmerlich se trouvent dans cette œuvre - car à ce degré de créativité, l'art appliqué devient de l'art tout court. 1) renoncer aux méthodes traditionnelles que sont la couture et la colle. Ici, la ficelle de chanvre tissée en une boucle sans fin passant par les "boutons" de tôle échancrés tient l'ensemble.
2) Se laisser surprendre par les matériaux les plus divers, pas forcément "nobles". Jan Zimmerlich peut "flasher" sur le lissé d'une plaque de polycarbonate trouvée dans un brico-centre, des rayons de vélo (qui rassembleront différents cahiers d'un livre), des... arêtes de turbot, des pailles colorées pour un livre de poèmes d'enfants, comme ci-dessus à droite. Cela sans dédaigner le cuir ou la soie sauvage.

3) Ne pas se prendre au sérieux. Parfois, Jan Zimmerlich joue les provocateurs, en imaginant pour un quotidien gratuit, éminemment jetable - "quelque chose qui ne vaut rien" - une reliure composée de quatre billets de cinq euros!
Chaque reliure, pensée de A à Z en liaison avec son contenu, à partir de croquis et de maints essais, lui prend en moyenne un mois de travail. "Et parfois plusieurs mois pour récupérer", ajoute-t-il. Il a frôlé sa limite avec "Le Seigneur des anneaux", dont la pièce maîtresse, autour de laquelle coulissent les pages du livre, est un énorme anneau forgé sur mesure par un ami maréchal-ferrant! Quand on lit le texte, on aperçoit toujours un petit bout de l'anneau.
4) Rester fonctionnel. À quoi sert un beau livre si on n'ose pas y toucher? Jan Zimmerlich compare volontiers son travail à celui d'un architecte, forme et fonction vont de pair, une reliure ne doit pas freiner l'envie d'ouvrir un livre et doit pouvoir se réparer.
Cela étant, une telle approche exclut évidemment le travail en séries. À côté de son emploi à la bibliothèque de La Chaux-de-Fonds, Jan Zimmerlich participe à des concours internationaux (avec un faible pour l'Estonie, pays qui manifeste un très grand attachement au livre, dit-il), parfois sur invitation de mécènes privés aux poches bien garnies, parfois aussi grâce à des commandes publiques comme celle des archives valaisannes pour un dictionnaire de haut-valaisan.
Reste à donner l'adresse de son site: livresses.ch

Exemples de matériaux utilisés et de croquis préparatoires

Jan Zimmerlich dans son atelier avec un autre relieur, Laurent Hirsig d'Auvernier
© Jean-Claude Péclet 2025