​"Bobines Neuves": cinquante portraits de jeunes au Rolleiflex

 

 

Cette exposition a été présentée au Musée suisse de l'appareil photographique à Vevey du 13 février au 23 août 2020 . Outre les imges ci-dessous, on peut voir sur ce site: 

 Manifestations pour le climat, JoJ, Jeunesse de Sévery, gamers et Sarah Gysler.

Assiste-t-on à un « retour » de la photographie argentique ? Je n'en sais rien et m'en soucie peu. J'ai  développé mes propres tirages dans la cave de mes parents à partir des années 60, expérimenté ensuite des procédés plus anciens (gomme bichromatée, platinotypie), puis laissé tout cela dormir dans des cartons. Sous sa housse noire, l'agrandisseur résistait aux tentations récurrentes de grand débarras. Sait-on jamais…

 

Quand ma carrière de journaliste a pris fin, je suis d'abord tombé amoureux d'un Leica M3, un des des plus beaux boîtiers jamais fabriqués par cette marque. J'avoue une attirance pour l'élégance de l'outil, pure mécanique de précision. Vitesse-diaphragme-mise au point, aucune cellule : vous partez avec cela dans le désert et, si vous êtes aussi économe en pellicule qu'en eau,  pouvez y restez aussi longtemps que vous voulez, libre sous les étoiles !

 

Deux hasards ont conduit à cette exposition. Le premier se situe à quelques centaines de mètres du Musée suisse de l'appareil photographique. Un des derniers marchands-photographes de Vevey vendait, pas trop cher, un Rolleiflex parfaitement fonctionnel dont le numéro de série indiquait qu'il datait des années 1937-38. Il m'a rappelé celui que mon père portait en bandoulière, ramenant de Bruxelles, Venise ou des vacances au chalet des boîtes de diapositives couleurs que des champignons rougeâtres ont progressivement dévoré dans leurs cadres de verre…

 

Il est difficile d'expliquer le plaisir particulier que procure cet appareil au format carré dont l'angle de vue ne se situe pas à hauteur de l'oeil mais généralement un mètre plus bas, ce qui change tout.  Il vous transforme : vous baissez la tête vers le dépoli de visée, geste discret, signe instinctif de respect ; de photographe-prédateur, vous voilà devenu vous-même objet de curiosité ! Vous aviez vaguement l'intention de photographier quelqu'un, vous vous retrouvez en train de partager la madeleine de Proust. Votre récompense est d'ailleurs moins l'image enroulée sur la bobine de douze poses - qui ne se révélera à vous que dans quelques heures ou quelques jours - que le rituel du chargement, le doux le ronronnement du levier, la légère résistance du film qui se met en tension, le déclic signalant qu'il est prêt. Et la rencontre.

 

Sans y prêter vraiment attention, je me suis mis à réaliser avec ce vaillant ancêtre quelques séries de portraits de la nouvelle génération. La Jeunesse de Sévery en train de monter un camp de rondins pour accueillir le Giron du Pied du Jura 2017. Des passionnés de jeux vidéo. Des apprentis particulièrement doués. Des amateurs de «parkour » et autres sports urbains. Jusqu'à ce 18 janvier 2019 où, second hasard, je me suis retrouvé au milieu de la première manifestation pour le climat à Lausanne. Elle a surpris tout le monde, à commencer par les jeunes eux-mêmes qui ne s'attendaient pas à se retrouver plus de cinq mille. J'avais ce jour-là le vieux « Rollei » avec moi, il a été mon sésame. Je n'étais plus voyeur, mais participant au cortège. Intéressé par le contraste entre l'actualité de la protestation et le côté intemporel des images, « Le Matin Dimanche » en a publié une sélection sur une page. La curiosité toujours en éveil de Luc Debraine, directeur du Musée suisse de l'appareil photographique, a fait le reste…

 

Ces images n'ont pas de prétention artistique. Influencé par les maîtres de mon adolescence (Doisneau, Kertesz, Cartier-Bresson, Eugène Smith, Boubat, Imsand…), mon œil suit leur regard. Le fil rouge de ces séries, s'il y en a un, est l'empathie. J'aime les gens qui ont une passion – qu'il s'agisse de sport, de musique, d'une cause politique, de leur métier, de rassembler une collectivité. Les portraits présentés ici témoignent de leur engagement et de leurs espoirs. Je les remercie de m'avoir accueilli, le temps d'une photographie.

 

Jean-Claude Péclet, janvier 2020

Dossier de presse de l'exposition (cliquer pour télécharger).

Article de 24 Heures paru le 28 juillet 2020.

Articles de Swissinfo publiés le 12 février et le 13 juillet 2020.

Article de Générations le 15 mai 2020.

Sarah Atcho, étudiante, athlète. Recordwoman de Suisse du relais 4x100m. au meeting Athletissima de Lausanne le 5 juillet 2018. Photographiée ici à l'inauguration du restaurant Tibits de Lausanne, décembre 2018.

Christian Triventi, danseur hip-hop, champion du monde 2016 de poppin'c à Las Vegas, champion du monde 2019 en catégorie « Juste debout » à Paris. Il est photographié ici à l'école de danse Neptune de Vevey, où il enseigne.

Tsubasa Watanabe, Tokyo, diplômé de la Japan International Circus School. Il combine la technique du diabolo et une danse-calligraphie inspirée des arts martiaux. Photographié au Passage de l'Etoile à Vevey, août 2019.

Aurélie Fawer, Chavannes-le-Chêne, championne suisse des apprentis-peintres en carrosserie, classée 6ème aux Worldskills de Kazan 2019. Septembre 2019.

Olivier, Jeunesse de Sévery, juin 2017.

Manifestation pour le climat, Lausanne, 18 janvier 2019.

Le Rolleiflex est né en 1929, mais l'entreprise qui l'a créé, Francke & Heidecke, est née en 1920, soit un siècle presque jour pour jour avant le vernissage de cette exposition !

En Suisse - et probablement dans le monde - personne ne connaît mieux l'histoire de la marque mythique et les entrailles du Rolleiflex qu'Otto Baumgartner, 82 ans, dont soixante passés à les réparer et entretenir. Dans sa villa de Wädenswil (ZH), il possède encore les machines d'origine et pratiquement toutes les pièces de rechange. Un pèlerinage s'imposait ! Avec Maude Tissot, conservatrice adjointe du Musée suisse de l'appareil suisse de photographie, nous lui avons rendu visite le 6 janvier 2020 et lui avons consacré ce film de six minutes, projeté au musée pendant l'exposition.

© Jean-Claude Péclet. Reproduction soumise à autorisation