
Annecy en novembre

C'est joli Annecy. Trop joli? Une pancarte accrochée rue de l'Île dénonce le "quartier défiguré". Envahi de boutiques à touristes, de restaurants et bars dont les conversations bruyantes résonnent sous les arcades jusque tard dans la nuit. La "Venise des Alpes" accueille trois millions de touristes par an, ce qui est énorme pour une ville de 215 000 habitants, assez pour déclencher le ras-le-bol comme dans la "vraie" Venise, à Barcelone ou ailleurs.
Bien que Savoyard par mon père, je n'avais guère contribué à cet afflux. Sans doute parce que j'avais en tête une image de carte postale, que je supposais surfaite. Des canaux? Bon, peut-être quelques-uns, mais pas de quoi mourir d'extase, non? Un lac? oui, bien, nous en avons plein en Suisse romande. Une vieille ville? Parmi d'autres...
Il a fallu que surgisse la proposition d'un week-end pour que je me dise: après tout, pourquoi pas? Je ne l'ai pas regretté. La vieille ville est plus grande que je ne l'imaginais, les arcades trapues, faites d'énormes moellons - taillés pour défier les siècles! - sont nombreuses, accueillantes. C'est vrai, nombre de commerces sont destinés aux visiteurs, mais on y trouve aussi de bons produits locaux, dans des boutiques aménagées avec goût. Et puis cette surprise: la ville moderne n'est pas sans intérêt non plus, on y trouve des immeubles des années 1920-40, voir plus récents dont l'architecture soignée se démarque de la médiocre production contemporaine. Ajoutez à cela de nombreux parcs, des squares réaménagés avec soin, des brasseries de quartier où l'on mange bien, alors oui: la ville mérite une visite, en particulier dans cet arrière automne dont la lumière rasante vivifie les couleurs.
Il est même curieux, au fond, que nous n'ayons pas davantage de liens avec la ville qui fut la résidence des comtes de Genève jusqu'à ce qu'à la mort de l'anti-pape Clément VII en 1394, son successeur Odon de Villars la vende à Amédée VIII de Savoie. La ville est alors réputée pour ses armes et couteaux. Après 1536, les chanoines de la cathédrale Saint-Pierre s'installent à Annecy qui devient la "Rome des Alpes" (décidément, le goût des comparaisons...) tandis que Calvin sévit à Genève. Ce n'est qu'en 1860 que la ville est devenue définitivement française.





















Annecy, 10 et 11 novembre 2025. Nikon Z5 II + 24-70mm. f4.
© Jean-Claude Péclet 2025