L'atelier de Marie Métrailler (2)

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Sitôt poussée la porte d'entrée, la différence saute aux yeux. L'endroit est plus lumineux. Plus doux. Et rangé tip-top en ordre!

En janvier 2021, j'étais venu à Evolène voir l'atelier de Marie Métrailller (1901-1979), alors en plein chaos. Aménagé à la fin des années 30, sans chauffage ni WC par cette femme hors du commun, il avait besoin d'un sérieux coup de jeune. Dans l'arrière-salle, Denise Métrailler (petite-nièce de la tisserande) et Marli Beytrison plongeaient jusqu'aux coudes dans des sacs remplis d'écheveaux de laine, de coton et de chanvre; des métiers à tisser à moitié démontés attendaient d'être stockés ailleurs; des plaques d'isolation disjointes pendaient au plafond.

Grâce à une fondation créée en 2017, les travaux de rénovation ont été menés à bien en dix mois sous le regard aiguisé de l'architecte d'intérieur Jaqueline Fivaz. Comme chaque fois qu'il s'agit de concilier la préservation de l'ancien avec les normes anti-incendie et énergétiques actuelles, il a fallu faire preuve de créativité et d'obstination. Ainsi, le balcon d'accès en bois a été entièrement refait; tous les murs intérieurs ainsi que le plafond ont été repris, isolés, doublés. Le plancher, changé et légèrement rehaussé, l'a été de telle manière que l'intervention est à peine perceptible.

Eternel dilemme: faut-il laisser "dans son jus" l'objet restauré ou faciliter son usage pour la ou les générations à venir? La seconde solution a été choisie ici, avec tact et sans attenter à l'esprit des lieux. Des matériaux locaux (bois, pierre verte d'Evolène) ont été choisis, les fenêtres ont été travaillées de façon à ce que leur isolation n'entraîne pas une disgracieuse surépaisseur, les touches de modernisme (éclairage, séparation des casiers) sont discrètes et de qualité. Les nostalgiques et les perfectionnistes regretteront peut-être que les ouvertures en éventail au-dessus de la porte d'entrée soient plus petites et moins finement ouvragées que les originales, que le résultat d'ensemble "sente un peu le neuf" (il prendra de la patine, bien sûr).

Le défi n'est pas seulement de restaurer l'atelier, mais de le faire vivre!  En 1938, la tenace Marie Métrailler l'avait ouvert pour donner du travail aux femmes de la vallée et valoriser une activité jusqu'alors exclusivement domestique, cela en pleine crise économique et dans une société qui ne récompensait guère l'esprit d'initiative féminin. C'est cette énergie que la fondation veut encourager par une activité qui ne soit pas juste sympathique mais économiquement viable, mettant en valeur les dessins intemporels et les couleurs du passé, les déclinant aussi dans de nouvelles créations, par le travail régulier de trois tisserandes (actuellement) et des stages. L'atelier de Marie Métrailler n'est pas un musée!

Il reste du pain sur la planche jusqu'à l'inauguration fixée au 5 mars 2022 - à mi-chemin entre la date de naissance de Marie et la journée de la femme... Il faut remettre en état le métier à tisser le plus ancien qui a un peu souffert du démontage et remontage, reprendre un rythme de croisière et affiner les circuits de commercialisation. Le potentiel est là. Evolène peut être fière de la renaissance de l'atelier de Marie Métrailler, effectuée en pleine période de pandémie.

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Marli Beytrison

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Jaqueline Fivaz

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L'arrondi supérieur de la porte d'entrée avant et après restauration. Ci-dessous: les images du chantier (photos Jaqueline Fivaz) montrent l'état des lieux avant les travaux de réfection.

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Denise Métrailler

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Evolène, 5 novembre 2021. Leica M10, Summilux 35mm. f1.4, Elmarit 90mm. f2.8

© Jean-Claude Péclet, 2021. Reproduction soumise à autorisation