Hungry birds - remix

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L'hiver tire à sa fin, il sera bientôt temps de laisser les piafs se débrouiller seuls pour trouver leur nourriture.

 

En attendant, quelques sacs de graines de tournesol décortiquées m'ont permis de jouer les ornithologues en pantoufles en épiant leur ballet devant la fenêtre de ma chambre. Depuis début janvier 2022, date à partir de laquelle j'ai toujours laissé traîner un Nikon D5500 équipé d'un zoom pas très lumineux mais décent à portée de main, j'ai pu en observer une dizaine d'espèces: une petite troupe de moineaux, bien sûr, trois sortes de mésanges (charbonnière, bleue, à longue queue, deux couples de verdiers, deux couples de tourterelles, des merles, des étourneaux, deux sittelles torchepot, un rouge-gorge et un geai.

Ce qui forme une clientèle assez étoffée au final. À noter que tout ce petit monde a ses habitudes, sa façon de fréquenter le restaurant, ses usages plus ou moins bien élevés, ses horaires - avec quelques inévitables embouteillages aux heures de pointe. Ainsi...

Les mésanges sont du genre discret et délicat. Elles privilégient les heures creuses, se posent presto-subito pour se saisir d'une graine ou deux et se replient aussitôt sur une branche pour les écraser sous leur bec et les déguster. A noter (remarque générale) qu'il ne suffit pas de déposer à manger sur un bord de fenêtre ou une mangeoire. La facilité d'accès compte aussi, ce qui veut dire, quand on est oiseau: possibilité d'approche par paliers et de retraite stratégique en cas d'urgence. Par chance, un pin, un  charme et un noisetier peuplent le jardin devant l'appartement où j'habite. Avantage pour les oiseaux: ils peuvent se percher successivement sur le premier, le second et le troisième pour s'assurer que la voie est libre. Avantage pour moi: j'ai le temps de les voir arriver. Ce qu'ils font chacun à leur manière.

Si les mésanges n'attendent guère avant de passer à l'action, les moineaux hésitent, s'effarouchent plus facilement. Le rouge-gorge s'est longtemps contenté des restes de graines tombées dans un grand pot protecteur - car, oui, les oiseaux mangent... comme des cochons ! - avant de se risquer sur la baguette de la mangeoire.

Les verdiers attendent assez longtemps sur le noisetier avant de s'élancer, comme s'ils voulaient s'assurer d'abord que le bistrot est bien fréquenté, signe que le menu y est convenable. Mais une fois qu'ils se décident, ils ne se laissent pas facilement déloger. Un coup de bec, un battement d'aile et hop, tout concurrent ou intrus est sèchement remis à sa place. Quand maître verdier se goinfre, les autres attendent. Et il s'empiffre à satiété, la gueule pleine de graines à demi concassées, avant de laisser sa place.

L'étourneau se comporte à peu près de la même façon. Sauf que lui n'a pas besoin de faire des moulinets pour s'imposer, sa taille seule suffit à dissuader les volatiles plus petits.

La ronde tourterelle a une façon bien à elle de s'annoncer dans un frou-frou, toujours en couple, et de déambuler sur la barrière comme un sergent-major obèse en tournée d'inspection avant de commencer son repas. Pas autrement effrayée au demeurant, m'observant de son oeil injecté de sang et placide.

Car, bien entendu, toute la compagnie sait que je suis là, à l'affût. Peu importe que je me tienne dans l'ombre, limitant mes mouvements au strict minimum, leur donnant l'onctueuse lenteur du taï-chi. Peu importe, les oiseaux savent. S'ils daignent me laisser opérer, c'est qu'ils ont tiré leur propre conclusion de l'affaire: je ne représente pas un danger immédiat pour autant que je conserve la distance sociale - comme avec le Covid, en quelque sorte.

Le plus impavide de tous est le merle, qui sautille sur le balcon et se dérange à peine quand je m'approche de la vitre. Comme si, conscient de la banalité de son plumage, il s'était résigné au fait que personne ne le chassera pour décorer un chapeau tyrolien, cette indifférence présentant l'avantage corollaire de le laisser manger en paix.

Voilà donc la compagnie dont j'ai tiré le portrait dans un précédent billet et dans celui-ci. Les fleurs de noisetier ont commencé à diffuser leur pollen et, dans quelques semaines, les branches du charme vont s'embourgeonner. Profitez messieurs-dames, gavez-vous du dernier sac de graines de tournesol, car il va bientôt falloir picorer ailleurs votre nourriture et vous occuper de vos petites familles.

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My favourite, "Punky"

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Janvier-février 2022. Nikon D500, zoom Nikkor 70-300 f. 5,6-6.3.

© Jean-Claude Péclet, 2022. Reproduction soumise à autorisation