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Vaterland

La cathédrale de Magdeburg, miraculeusement épargnée par les bombes qui, en 1945, ont anéanti 90% des immeubles au centre-ville

Berlin, Alexanderplatz
44% en Saxe-Anhalt, 38% au Mecklenburg-Poméranie, 16% à Berlin: c'est le pourcentage des voix obtenu par l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti d'extrême-droite décomplexé, aux élections régionales des 6 et 20 septembre 2026. Entre ces deux dates, Jacques Pilet, ex-rédacteur-en-chef de L'Hebdo et moi-même sommes allés "humer l'air du bureau", comme on dit. Il ne s'agissait pas d'un reportage au sens classique du terme, avec rendez-vous préalables auprès de responsables politiques, économiques, etc. saupoudrés de micro-trottoir. Ces exercices ne sont plus de mon âge. D'ailleurs quelles seraient les réactions face à un journaliste, à une époque où les gens se ruent sur Tik-Tok et fuient les médias ?, me demandais-je dans l'avion qui nous emmenait à Berlin. Nous avons lu la presse, nous sommes baladés à Weimar, Magdeburg et Berlin, avons visité quelques musées, suivi un meeting de l'outsider Sahra Wagenknecht. La chance nous a aussi valu une rencontre intéressante sur laquelle je reviens plus loin. Pour le reste, voici mes impressions en images.

Karl-Marx-Allee, Berlin. Le café Mockba (Moscou) est fermé

Vue sur le jardin de la maison de Goethe à Weimar, où il a vécu de 1782 jusqu’à sa mort, en 1832

Meeting du parti BSW (Bündnis Sahra Wagenknecht), Alexanderplatz

Les Vierges de Madgeburg, peint par Eduard Steinbrück au XIXè siècle, illustre le sac de la ville en 1631,
où 20 à 25 000 habitants furent massacrés lors du sac de la ville pendant la guerre de Trente ans

Poster électoral, Jerusalembrücke, Magdeburg

Berlin, Potsdamerplatz

Alststadtpalais, Weimar

Berlin, Kreuzberg

La Citadelle verte, Madgeburg. C'est une des dernières œuvres de l'architecte Friedensreich Hundertwasser, dont il n'aura pas vu l'achèvement
car il est décédé en 2000, alors que le bâtiment, devenu une des attractions de la capitale de Saxe-Anhalt, a été inauguré cinq ans plus tard.

La Citadelle verte, détail

Berlin, Hermannplatz

Julien Chavaz, superintendant du Madgeburg Theater. "Élève perturbateur" ainsi qu' il se décrit lui-même, il agrandi à Fribourg et connaît une carrière fulgurante comme metteur en scène d'opéras. Un article de la NZZ a attiré notre attention sur son combat contre les vélléités de l'AfD de couper les vivres à toute culture qui ne soit pas estampillée "patriotique" (relents des années 30...). Il nous a paru un interlocuteur bien placé pour évoquer la situation politique allemande. Nous avons envoyé un courriel à son assistante et, le lendemain, il nous accordait une heure dans son bureau où je l'ai photographié à la fin de la discussion. Il en est résulté un article paru dans Le Temps du 24 septembre, dont le texte peut être lu en cliquant ici.

Berlin, Alexanderplatz

Weimar, maison de Goethe. Le très actif romancier, scientifique, dramaturge, homme d'État, poète, collectionneur, théoricien des couleurs et de l'art... y recevait beaucoup, dessinait lui-même ici un nouvel escalier, là une extension privée pour préserver son intimité. Bref: on ne sait plus très bien aujourd'hui quelle activité se déroulait dans quelle pièce. Il plane sur ce mobilier d'époque, ces marbres vénérables la pâleur d'un fantôme cherchant son chemin dans un labyrinthe où sa mémoire lui joue des tours. Cela ne manque pas de charme.

Friedensbrücke, Magdeburg

Gefahren und Kreatur (Dangers et créature), portail en bronze (1974-76) du sculpteur Waldemar Grzimek, cloître Unser Lieben Frauen, Magdeburg.
La symbolique se veut universelle. Le portail jouxte un parc de sculptures présentant un échantillon intéressant d'art contemporain
tel que le mettait en valeur la République démocratique allemande dans les années 1970-80.

Große Neeberger Figur (Grande figure de Neeberg), 1971-74, Magdeburg, sculpteur Wieland Förster.

Berlin, Kreuzberg

Meeting du BSW, Berlin, Alexanderplatz

Centre de documentation fuite, expulsion, réconciliation, Anhalter Bahnhof, Berlin. En 1945, Roosevelt, Staline et Churchill redessinèrent la carte de l'Est de l'Europe. La Russie annexa une large tranche de Pologne, pays martyr et méprisé des vainqueurs. Comme lot de consolation, les Polonais reçurent une "tranche" d'Allemagne. Ce remue-ménage territorial et d'autres succédant aux pillages et viols de masse entraînèrent l'expulsion de quatorze (!) millions d'Allemands, souvent du jour au lendemain, chassés avec le strict minimum sur des routes enneigées, mal reçus par des populations elles-mêmes exsangues.
Beaucoup moururent en chemin, les autres durent se reconstruire une vie comme ils le pouvaient. On estime qu'un quart de la population de ce qui deviendrait la RDA (République démocratique allemande) était constituée de ces expulsés - qu'on appela d'abord pudiquement "Umsiedler" (personne dléplacée, relocalisée). Le sujet était tabou: les Allemands, vaincus, n'avaient-ils pas mérité ce qui leur arrivait? Il était doublement tabou en RDA, où il n'était pas question d'évoquer les exactions du grand frère russe.
Le Centre de documentation a ouvert ses portes en 2021 seulement, bien après d'autres musées consacrés à la mémoire de la Deuxième guerre mondiale. L'étage supérieur est consacré aux 14 millions d'expulsés allemands, celui du dessous élargit la problématique à d'autres cas de déplacements forcés de population. Deux absences y sautent aux yeux. D'abord, on n'y trouve pas la moindre référence au Traité de Lausanne de 1923, qui officialisa le concept d'épuration ethnique (entre la Turquie et la Grèce) à l'issue de la Première guerre mondiale. Plus frappant encore, on cherche en vain une vitrine consacrée à l'expulsion de plus de 700 000 Palestiniens en 1948. Certains tabous tombent, d'autres pas encore.

Berlin, depuis l'impériale du bus. Comme le montre l'affiche électorale, la question des logements abordables a joué un rôle important dans le succès de Die Linke

Magdeburg

Weimar, maison de Goethe

Berlin, Potsdamerplatz, compétition de pompiers

Weimar, musée du Bauhaus. C'est dans cette ville que le mouvement artistique naquit en 1919, mais cinq ans plus tard, les partis nationalistes remportèrent les élections et coupèrent le budget de l'école. L'AfD rêve de faire de même en 2026.

Berlin, Rathaus Passage