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marche des fiertés 2026, Lausanne

Entre 15 000 et 30 000 "âmes joyeuses" étaient attendues à Lausanne ce samedi 27 juin 2026 pour la Marche des fiertés. Elles furent certainement moins nombreuses à défiler depuis le Pont Bessières jusqu'à la Place de Milan - mais joyeuses oui, assez, malgré les 36 degrés qui rendaient encore plus acrobatique la maîtrise du maquillage et des hauts talons. Vingt ans s'étaient écoulés depuis la précédente Gay Pride dans la capitale vaudoise, celle-là serait-elle annulée in extremis pour cause de canicule? 

Heureusement non, car tel était mon sujet photographique du jour: comment la communauté LGBTQIA+ affronte-t-elle la vague de chaleur de ce mois de juin? Réponse ci-dessus en portraits à l'éventail et scènes de rue. En me mêlant au cortège, j'ai fait ce constat intéressant: l'appareil photo est devenu si minoritaire face à l'omniprésent smartphone qu'en avoir un dans la main fait de vous une sorte de dinosaure, une curiosité démodée et vaguement sympathique. Il y a quelques années, lors des manifestations pour le climat, j'avais observé ce genre de réactions face à mon vieux Rolleiflex argentique, ce qui était normal vu l'âge vénérable de l'engin. Mais ce samedi 27 juin 2026, j'utilisais un Leica M11 (avec un 35mm pour seul objectif, histoire de mieux me concentrer sur la prise de vue) qui reste tout de même un appareil photo contemporain, même si son look fait un peu vintage! Je n'en ai pas moins suscité un mélange de curiosité et d'étonnement chez les jeunes manifestants qui, apparemment, sont de moins en moins habitués à ces objets obsolètes que sont les appareils photo. Au fond, c'est mieux: paraître franchement démodé permet au photographe de rue de se fondre dans le décor - la situation qu'il préfère.

Restait un piège à éviter lors de ce cortège: depuis leur apparition, les Marches des fiertés cultivent un côté provocateur et exhibitionniste. Qu'il s'agisse de drag queens ou de pancartes, ont prend volontiers la pose, c'est après tout un des buts de la manifestation. Pour ma part, je préfère capter un regard, une solitude dans la foule, une interaction ou une scène qui en dit un peu plus que le message officiel véhiculé par les organisateurs. Dans cette série se trouvent deux photos de drag queens illustrant ce propos. L'une, posée, a été faite sous le Pont Bessières; la drag queen, dans un costume blanc froufroutant, brandit un grand éventail arc-en-ciel, qui donne une idée de la chaleur régnante. Mais je préfère l'autre image, faite près du bassin (vide) de la place de Milan; une drag queen accablée de chaleur remonte les escaliers, drapeau pendant sur l'épaule et canette de bière à la main - cela me paraît plus parlant. Un peu de chance est nécessaire pour capter cet instant: je l'observais déambuler autour du bassin, espérant qu'elle viendrait dans ma direction, j'ai attendu et bingo!

Cela dit, j'ai trouvé les gens aimables et prévenants, l'atmosphère bon enfant malgré la chaleur malgré quelques polémiques précédant la manifestation - avais-je lu - sur la présence d'un sponsor pratiquant le "pinkwashing" ou sur le fait que les Marches des fiertés sont aujourd'hui plus disparates dans leur composition et plus commerciales que celles de jadis. Je n'ai ni le recul, ni les compétences pour en juger. Tout évolue, le mouvement LGTBQIA+ aussi.

Lausanne, 27 juin 2026. Leica M11 + apo-Summicron 35mm.

© Jean-Claude Péclet 2026

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