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Le luxe de Gstaad, les joies du camping

"Danke schön !" lance Ehhsan à la serveuse slovaque qui pose sa pizza Hawaï sur la table tandis que des cohortes de touristes indiens, américains, chinois et autres défilent dans la rue principale de Lauterbrunnen encombrée de voitures avançant au pas. Bienvenue dans l'univers légèrement surréaliste de beautiful Switzerland !

Javad et Ehhsan sont afghans, de la minorité hazara plus précisément; ils font partie des centaines de jeunes qui ont fui leur pays tenu d'une main de fer par les talibans et, après de pénibles tribulations, ont trouvé refuge en Suisse où ils tentent de construire leur avenir. "Parrain" de Javad par l'association NELA, partenaire de conversation française pour Ehhsan, je suis impressionné par les progrès que tous deux ont fait dans notre langue et me suis dit qu'après une année scolaire où ils n'ont pas chômé, ils méritaient de découvrir quelques hauts lieux du tourisme helvétique... ainsi que les joies du camping.

Courtes vacances, trois jours seulement, car le budget explose rapidement. Un smoothie, une glace et un spritz apérol sur une terrasse de Gstaad devant laquelle ondule la coolitude fortunée coûtent davantage qu'une nuit pour trois au camping Vermeille, à Zweisimmen. Après tout, cela fait aussi partie de leur découverte de la Suisse, terre de contrastes comme on dit. Javad, qui est un homme de goût, a pu apprécier les Patek Philippe exposées en vitrine - sans le prix, car à quoi bon s'attarder sur de si sordides détails?

Au chapitre gros sous, constatons encore que les trains, téléphériques et autres attractions "mangent" plus de la moitié du budget. Mais le "woah !" des deux jeunes Afghans quand nous montons sur la passerelle de Glacier 3000 vaut le prix. Ce lundi 20 juillet 2026, des nuages s'accrochent mollement aux aspérités du massif des Diablerets, nous enveloppent parfois de leur ouate puis dégagent élégamment la vue sur les sommets. L'arrivée au Brienzer Rothorn d'où le regard plonge sur un lac couleur émeraude est tout aussi enivrante. Sans parler du ahanement métallique de la locomotive vapeur qui nous a poussés jusqu'à 2350 mètres d'altitude.

Au camping, c'est sur la casserole du voisin que l'on a une vue imprenable. À 76 ans, je me demandais si mes vieux os étaient encore aptes à se contenter du mince matelas gonflable et exécuter les contorsions que suppose une tente monoplace. La première nuit, fraîche et humide à cause de la rivière coulant tout près, fut avare en heures de sommeil. La seconde en revanche fut étonnamment reposante. Cela tenait aussi à l'atmosphère familiale et joyeusement bordélique du camping à la ferme Ebnet, où la fermière nous avait d'abord réservé un emplacement si pentu qu'on nous aurait retrouvés le lendemain matin au village en contrebas. Après négociations, nous avons pu nous caser entre deux camping-cars, français et allemand. Annoncé pour huit places, la ferme accueillait facilement le double d'hôtes cette nuit-là, sans compter treize vaches, deux petits veaux et quelques chats. 

J'aime bien les campings pour la raison qui les font détester de tant de gens: la promiscuité. Disons que je n'en ferais pas mon mode de vacances dominant, mais de temps en temps, c'est un bain de Jouvence. A Zweisimmen, deux fillettes blondes, hautes comme trois pommes, rivalisaient d'habileté pour faire la roue devant nos tentes, des gamins couraient et s'amusaient un peu partout, pleurnichaient un coup à l'heure du coucher et sombraient vite dans les bras de Morphée. 

Pour Javad et Ehhsan aussi, ce fut une expérience, différente de la route qu'ils ont suivie pour venir en Europe. Pas question de tente dans ce cas, le sac est déjà bien assez lourd, on dort dans des entrepôts, à même le sol, sur des bancs ou des tables, enveloppé parfois d'un grand sac poubelle comme protection antipluie. Donc le montage d'une tente légère était une première pour eux; je les ai laissés sadiquement se débrouiller seuls avant de leur donner un coup de main. Encore un apprentissage.

Le seul raté de nos mini-vacances - c'est de ma faute - concerne l'ascenseur plein ciel de Hammetschwand, le plus haut d'Europe - 153 mètres d'ascension en 60 secondes, annonce le site. Ce qu'il ne dit pas, c'est à quel point l'accès est difficile à trouver ! J'avais confié le guide Google à Javad, pensant naïvement qu'on pouvait parquer la voiture près de la station inférieure. Nous nous sommes plantés une première fois, j'ai fait la gueule à Javad en prenant le relais... pour nous planter une seconde fois. Arrivés au sommet du Bürgenstock, nous avons trouvé un cycliste qui nous a expliqué que depuis le cul-de-sac où nous nous trouvions, il fallait compter encore une bonne heure et demie de marche... Zut et reflûte, il fallait encore faire les courses et monter nos tentes: tant pis pour le Hammetschwand.

Pour le reste, c'était super.

Massif des Diablerets, Gstaad, Zweisimmen, Lauterbrunnen, Bürgenstock, Brienzer Rothorn, 20-22 juillet 2026.

Nikon Z5 + 24-70mm.

© Jean-Claude Péclet 2026

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